Sous la loupe : La morte

Dans sa plus récente chronique, Valérie Tremblay nous présente La morte, un livre troublant, une réflexion sur la mort et sur notre attitude envers celle-ci. Un livre profondément personnel, imbibé d’accents poétiques, qui nous bouleverse et nous laisse songeur.

Synopsis

Ce livre est le récit spéculatif d’une expérience personnelle. Il explore le phénomène des fantômes depuis une perspective éthique, loin de la psychologie du deuil, et loin des traditions occultes, ésotériques et religieuses, dans lesquelles les fantômes sont maintenus de force. Il affirme la nécessité de trouver comment se mettre à l’écoute des morts qui parlent au plus profond de soi. Il tente de montrer que l’écriture est l’un des moyens d’y parvenir.

La morte, Sous la loupe

Mathieu Arsenault, auteur de l’excellent Le guide des bars et des pubs de Saguenay (2016, Le Quartanier) nous présente La morte, un livre profondément personnel, imbibé d’accents poétiques, où l’auteur invite le lecteur à se questionner sur la présence des morts dans notre vie. Rien de moins.

La morte s’ouvre sur le décès de Vickie Gendreau, fauchée à 24 ans par une tumeur au cerveau, et sur ses premières apparitions dans les rêves de Mathieu Arsenault, auteur et narrateur du récit. Le lecteur entre alors dans un mélange d’extraits écrits sur une période de 4 ans (de 2016 à 2019) qui oscillent entre l’autobiographie, les souvenirs, les rêves et les réflexions sur notre culture de la mort. Un amalgame qui peut être déconcertant, voire mélangeant, mais j’ai refusé de m’arrêter à cet obstacle. Je me suis plutôt laissée emporter par la passion de Mathieu pour Vicky et par sa réflexion sur le deuil. 

Je ne connaissais pas du tout ses autres écrits  et je ne savais rien de l’existence de Vickie Gendreau, auteure et danseuse décédée en 2013 des suites d’une tumeur au cerveau, et qui a légué son oeuvre littéraire en devenir à Mathieu Arsenault. Je ne parlerai pas trop de cette histoire, puisqu’elle a été abondamment abordée ailleurs. Sachez seulement que vous pouvez très bien lire et aimer  La morte sans tout savoir sur Vickie.

Vicky et Mathieu

Avant le décès de Vicky, Mathieu a promis à son âme sœur littéraire de s’occuper des textes qu’elle lui léguait en lui demandant de faire le tri dans ses cartables.

Mathieu vit la mort de Vicky, ou plutôt son retour, à travers ses rêves, comme une véritable obsession. Les fragments de textes amassés sur 4 ans, mélangés de façon plus ou moins claire, sont souvent lumineux, que ce soit des rêves ou des souvenirs, malgré le sujet lourd qu’est cette mort prématurée si tragique, et du retour de la défunte dans le monde des vivants. Il présente Vicky comme une personne pétillante que même la mort ne peut éteindre, une femme faite plus forte que son propre décès.

Les fantômes

J’adore quand un livre me fait réfléchir, et ici, j’ai été servie. Comment ma culture me présente-t-elle la mort et les fantômes? Arsenault écrit : « Je réalise que je fais l’expérience d’un phénomène auquel ma culture ne m’a pas préparé, celui des fantômes comme manifestation éthique. Pas surnaturelle. Pas occulte. Pas spirituelle. Pas religieuse. Pas métaphorique non plus. » Quelle forme peut prendre la personne qui revient m’apparaît être une excellente question…

L’auteur nous questionne aussi sur la mort comme quelque chose de foncièrement égoïste. Cela nous oblige à repenser notre rapport au deuil. « On pensait que la culture devait représenter le monde, mais elle ne fait pas beaucoup plus que de légitimer l’égo morbide de celui qui ne sait pas quoi faire quand la mort d’un proche le pétrifie, et invalide le petit récit débile d’invincibilité auquel il a cru. On est tellement démuni culturellement devant la mort qu’on se jette dans le ballet mécanique du deuil pour l’oublier le plus vite possible. Oh, il est parti, j’ai perdu mon univers à moi. Tout récit de deuil est plein de moi moi moi, de vraie réalité vraie authentique d’identité, alors tout ce qui reste aux morts, c’est cette vitre des souvenirs bien classés qu’ils ne pourront jamais traverser. » Le décès d’un proche ne devrait pas être qu’un événement personnel, mais devrait plutôt avoir une portée plus grande, et c’est là qu’on laisserait de la place aux personnes décédées dans notre vie. Pas fou comme idée.

Même si ce livre parle de deux personnes, Vicky et Mathieu, il a une portée beaucoup plus universelle. Je me suis surprise à souhaiter devenir la Vicky d’un Mathieu, de pouvoir revenir après ma mort et que quelqu’un me promette de continuer à me faire vivre. Ici, c’est à travers la littérature, mais ça pourrait être n’importe quoi, je ne suis pas trop difficile.

En rappel, voyez l’événement Mathieu Arsenault, La morte et les rêves, diffusé le 22 avril : https://youtu.be/5rHmGYgVEq8

La vidéo se divise en trois parties : lecture de textes d’autres auteurs racontant des rêves dans lesquels Vicky apparaît, lecture d’extraits de La morte (vraiment excellent!) et un long entretien avec l’auteur.

À la fin de l’entrevue, Mathieu exprime le désir que ce livre soit pour tout le monde.

Alors, exaucez son vœu : donnez-lui une chance, comme je l’ai fait!

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