Michel Jean

Les femmes de sa vie : entretien avec Michel Jean

« Michel, l’indien, tu l’as en toi. » Kim Messier s'entretient avec Michel Jean, auteur du roman Atuk, elle et nous.

« Michel, l’indien, tu l’as en toi. »

Elle a prononcé ces mots dans un murmure, comme une confidence. Comme on dit un secret. Jeannette, fille d’Almanda et de Thomas Siméon, parlait peu de ses origines innues. Pourtant, cette femme toujours vêtue et coiffée avec soin a vécu le quotidien des chasseurs de la forêt boréale jusqu’à sa rencontre avec celui qui allait transformer son existence.


Michel Jean, selon vous, quelle est la place de la génétique dans l’identité d’une personne?

C’est dur à dire. Il y a une part de nous qui nous vient de notre hérédité, une part de notre environnement. Je crois que ça dépend des gens. J’ai les yeux verts. Il y a deux ans, chez l’opticien, la technicienne qui analysait la photo de mon œil, pour déterminer si l’intérieur de mon globe était sain, m’a demandé si j’étais Autochtone. Elle m’a expliqué que la teinte rouge qu’elle voyait ne se retrouvait que chez les membres des Premières Nations…. Blanc à l’extérieur… rouge à l’intérieur. Tout ça pour dire qu’il est difficile de connaître la part de soi qui remonte à nos ancêtres.

Dans Atuk, on voit que vous vivez avec une dualité, que votre génétique vous rappelle régulièrement vos origines. Qu’est-ce qui est le plus difficile à vivre, pour vous, quand cela se produit?

Ce n’est pas tant la génétique que le sentiment d’appartenance. Dans mon cas, c’était un sentiment diffus qui remontait à l’enfance. Mes deux frères ne se sentent pas aussi près de la culture innue que moi. La difficulté est de savoir qui on est vraiment. Ce qu’on est vraiment. On apprend à vivre avec ça.

De quelle manière arrivez-vous, aujourd’hui, à définir votre propre identité?

Je suis Innu. Je suis aussi Québécois.

Qu’aimeriez-vous que les enseignants enseignent aux élèves sur le monde autochtone d’aujourd’hui?

Que ce n’étaient pas des sociétés arriérées, parce que moins technologiques. Aussi, que les jeunes comprennent ce qu’était l’esprit nomade et la façon de concevoir le monde des Premiers Peuples.

Dans Kukum et Atuk, les histoires d’amour occupent une grande place. Les personnages féminins ont aimé leur homme au premier regard et, malgré les difficultés, n’ont jamais regretté leur choix de quitter leur monde pour le leur. Vous êtes-vous basé sur ce qu’elles ont réellement vécu?

Les histoires d’Almanda et de Jeannette sont basées sur la réalité. Je n’ai pas eu à les changer.

La femme occupe aussi une place importante dans vos œuvres. Pourquoi?

J’ai grandi entouré de femmes fortes : Almanda, Jeannette, ma propre mère. Ce sont des personnes que j’admire, dont j’admire la force de caractère. Dans mon roman Tsunamis, il y a un personnage féminin qui est une Tigre Noire tamoule. C’est aussi un personnage très fort. Dans Une vie à aimer, la femme dont le personnage principal tombe amoureux est une femme indépendante qui a fait ses choix de vie sans tenir compte du regard d’autrui. C’est à sa manière aussi une femme forte. Je trouve ces personnages plus intéressants, d’un point de vue d’écrivain.

Songez-vous à écrire le récit d’un de vos ancêtres un jour, comme celui d’Antonio?

Je l’ignore. J’utilise les personnages de ma famille pour raconter des histoires. Dans Kukum, c’est la sédentarisation forcée des Innus que je voulais raconter. Si je trouve qu’Antonio me permet de raconter quelque chose auquel je tiens, peut-être. Mais je ne trouve pas d’intérêt à simplement faire l’histoire des membres de ma famille. Je ne trouve pas que ça a de la valeur pour une lectrice ou un lecteur en soi.

Dans Atuk, vous vous demandez si la part d’Indien se dilue avec les générations ou si cet héritage survit dans les âmes des descendants. Vous avez observé que votre filleul possède le calme des Innus, une attirance instinctive face aux montagnes, au vent et aux étendues d’eau. Que souhaitez-vous pour Jérémy dans le futur?

Qu’il soit heureux avec ce qu’il est.

Quels sont les prochains projets d’écriture de Michel Jean?

En mai, paraîtra Wapke, un recueil de nouvelles d’auteurs autochtones que je dirige. Il s’agit de dystopie, de futurisme autochtone.

À l’automne, je dois publier un roman sur les Autochtones en milieu urbain. Mon roman Le vent en parle encore paraîtra en France au début de l’été sous le titre Maikan, aux Éditions Dépaysage. Quant à Kukum, il paraîtra en Allemagne et en Espagne dans les mois à venir.

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4 réponses

  1. Merci à vous Michel Jean !!
    Je suis une canadienne-francaise-syrienne native de Saint-Félicien, Lac Saint-Jean.
    Je vous estime par ce que vous êtes et ce que faites. Nos livres d’histoire d’antan ont relaté des faits terriblement mensongers.
    J’en suis encore déboussolée…
    Merci de nous apprendre la vérité et merci de votre courage !!
    Hélène Maziade

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