Photo d'un matin d'hiver, par Sébastien Duperron, photographe

L’hiver sera-t-il doux ou nucléaire?

François porte son regard au loin, fixant l’horizon où le soleil hivernal tarde à remplacer la nuit sombre. Il est six heures du matin.

Se rappelant les scènes d’apocalypse déjà vues au petit écran, il peut aisément imaginer, à travers la fenêtre, la montée fulgurante d’un immense champignon nucléaire anéantissant tout sur son passage. Il se voit, fixé à son fauteuil, regarder avancer vers lui l’incroyable vent de poussière radioactive qui avale tout sur son passage. Il sait que la mort sera si rapide qu’il ne souffrira pas, qu’il ne restera rien de lui, ni de sa maison, ni de son coin de pays, peut-être même rien de la civilisation!

La lecture des nouvelles du matin l’a sidéré! Poutine en remet et menace maintenant de sanctions nucléaires l’Ukraine et les pays occidentaux qui l’appuient. Toute attaque sur le sol de la Russie sera maintenant considérée comme une provocation si elle est effectuée avec des armes provenant des membres de l’OTAN. Le feu nucléaire pourra être utilisé.

François se rappelle ses jeunes années. En pleine guerre froide, au début des années soixante, le gouvernement fédéral avait érigé un système de détection radar et un réseau d’alarmes avait été installé pour prévenir la population en cas d’attaque nucléaire. Évidemment, des tests avaient été effectués pour vérifier l’état de fonctionnement du système et le bruit strident des sirènes avait envahi son petit village, installant une anxiété profonde chez les habitants.

À l’école, le directeur avait fait la tournée des classes pour informer les élèves sur l’attitude à tenir en cas d’attaque. Il fallait simplement rester calme, s’asseoir par terre sous son bureau et… prier! On avait évidemment fait une pratique. Pour de jeunes enfants, cela dépassait totalement l’entendement et ainsi, aucun élève n’avait osé contredire le directeur en lui disant que cette supposée protection serait bien vaine. On ne cessait, dans les médias, de rappeler le souvenir d’Hiroshima et de souligner comment la bombe nucléaire réduisait tout en poussière!

François alluma la radio pour écouter le bulletin de nouvelles et les chroniqueurs politiques. Certains soutenaient que les menaces russes tenaient simplement de la fanfaronnade pour créer un climat de peur. Poutine savait bien que l’usage du nucléaire entraînerait une riposte automatique et que nul ne pouvait gagner à ce compte. Ce serait, cette fois, vraiment la fin de l’Histoire. D’autres, plus inquiets, rappelaient que l’évocation de menaces sans passage à l’acte viendrait affaiblir la Russie. Pour que des menaces portent, il faut les traduire en gestes. Et l’orgueil de Poutine pouvait l’amener à jouer son va-tout. Rien de rassurant! Avait-on affaire à un grand tacticien ou à un fou furieux? Plus les commentateurs en rajoutaient, plus François se sentait anxieux et désespéré par la bêtise des hommes.

La météo suivit le bulletin de nouvelles. Les températures étaient plus douces que la normale, fruit des changements climatiques. Il n’y avait pas de neige au sol encore, même si on était en décembre. Les météorologues prévoyaient un hiver doux. Le soleil se levait maintenant. Se tournant vers la fenêtre, François fixa à nouveau l’horizon et se demanda si, finalement, l’hiver sera doux, ou nucléaire!

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1 comment

  • Allo Georges,

    J’ai envie de répondre à ta question par une réponse incertaine. Je ne sais pas, surement anxieux. Les deux menaces globales sont anxiogènes; surtout pour les nouvelles générations. C’est compréhensible. Par contre, j’écoutais une jeune mère de famille hier, elle disait qu’on allait s’adapter aux changements climatiques comme les japonais se sont adaptés à Hiroshima. Sommes-nous si plastique?

    Tu vois une question conduit à une autre. Les réponses se font rares devant ces inconnus de la noirceur. Espérons qu’il y aura quelques chandelles d’espérance. Ton texte en fait partie!

    Merci!

    Mario

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