Eric Quesnel autoédition

Eric Quesnel, un succès de l’autoédition

Le phénomène de l'autoédition demeure méconnu chez nous. L'auteur de thrillers Éric Quesnel s'y est mis depuis quelque temps déjà et il connaît un certain succès. Notre chroniqueuse Kim Messier s'est entretenu avec lui pour en savoir plus sur son processus de création et de publication.

Bonjour, Éric Quesnel! Pouvez-vous nous parler de vous et de votre ancien métier : le monde de la sécurité privée et des enquêtes?

Pendant 25 ans, je me suis spécialisé dans plusieurs branches du domaine de l’investigation. J’étais spécialisé dans la détection du vol et de la fraude, des enquêtes et des interrogatoires, des analyses de preuves, des filatures, etc. Je formais également les moins expérimentés et je détectais les failles possibles dans les entreprises au niveau de la sécurité.

Dans les dernières années, je coordonnais les enquêtes internes et externes pour l’est du Canada et dirigeais une division. Un travail qui apportait son lot d’adrénaline, mais aussi de stress… Pourtant, je ne suis nullement stressé dans la vie. C’est en partie ce qui m’a fait quitter ce travail. La passion n’y était plus du tout. J’étais quelqu’un de terrain, mais je devenais un gestionnaire de paperasse et de département.

Quels aspects de ce métier vous ont le plus inspiré lors de la rédaction du Maître des énigmes?

Mes anciens collègues. Ceux et celles avec qui j’ai pu vivre certains événements qui font que l’on peut compter les uns sur les autres, et cet aspect renforcit grandement les liens. La relation entre les différents paliers de la justice m’a également aidé.

Pourquoi avoir choisi de publier chez Amazon? Quels sont les avantages et les inconvénients de l’autoédition pour un auteur, selon vous?

Là, la liste peut être longue. Je ne veux nullement partir de débat, mais je suis d’avis que les maisons d’édition traditionnelles auraient intérêt à se rasseoir et à repenser à la viabilité de leurs plans d’affaires et à la rémunération des auteurs(es). En autoédition, je vis très bien de mes écrits. Ce qui est rare chez ceux et celles qui choisissent la voie traditionnelle.

J’ai accès quotidiennement à mes ventes et aux montants de mes revenus. Mes revenus sont déposés dans mon compte bancaire tous les mois, tandis qu’une maison d’édition verse une compensation aux auteurs seulement aux trimestres, voire aux 18 mois. Je peux mesurer l’impact de chaque geste promotionnel dans les heures qui suivent sur Amazon, ce qui n’est pas le cas avec les maisons d’édition.

Les coûts de publication sont quasi inexistants en autoédition. Je conserve 100 % de mes droits d’auteur et 100 % des droits territoriaux.

Mes livres sont livrés à la porte des lecteurs et lectrices partout dans le monde. Il n’y a jamais de rupture de production, car ils sont imprimés à la demande. Bien sûr, les profits sont plus intéressants en autoédition, avec un ratio de rentabilité qui demande la vente d’environ 5 livres en maison d’édition traditionnelle pour 1 seul en autoédition.

L’aspect visibilité est très avantageux pour moi. Si mon livre était en librairie, il resterait au mieux un mois bien en vue sur un présentoir, ensuite on le placerait entre deux livres sur une tablette qui en contient des centaines et des centaines. Malgré des concours, de la promotion dans les médias, les salons du livre et autres méthodes employées par les maisons d’édition, très peu de romans atteignent le rang de best-seller établi à 3 000 livres vendus. J’ai dépassé ce seuil depuis longtemps déjà.

En autoédition, Amazon fait encore la promotion de mon plus vieux roman, publié fin 2017. À moins de revirement majeur, je suis seul à décider si je retire ou non un livre de la vente. Aussi, je peux publier plusieurs livres annuellement sans être soumis aux limites budgétaires d’une maison d’édition. De nombreux auteurs et auteures ont plusieurs romans écrits, mais non publiés pour des questions budgétaires ou de stratégie marketing.

Je peux aussi changer à n’importe quel moment le contenu de mes romans et le prix sans demander de permission.

Il y a bien d’autres avantages, mais en gros, ce sont les principaux.

En contrepartie, je dirais que l’autoédition n’est pas faite pour tous. Il faut revêtir plusieurs chapeaux pour arriver à nos fins. C’est pourquoi les maisons d’édition traditionnelles ont encore leur place, mais pas selon la façon avec laquelle la plupart d’entre elles fonctionnent actuellement. La rémunération de l’auteur(e), la gratitude envers les lecteurs et les lectrices, et le plan de viabilité seraient à revoir, à mon humble avis.

Une fois que vous avez écrit votre manuscrit, comment se passe le processus d’autoédition? Quelles sont les étapes nécessaires avant de le mettre en vente?

Ma façon de faire a quelque peu changé après la publication de mon premier roman. Maintenant, j’écris les deux premiers jets de mon manuscrit avant de l’envoyer à la correction. Après cette correction, je passe le texte dans Antidote, puis je le renvoie pour une seconde correction.

Ensuite, il s’en va en bêtalecture. J’ai toujours entre 6et 8 bêtalecteurs, du Québec et de l’Europe. Puis il y a une troisième correction avant une révision, question d’apporter les ajustements suite aux commentaires des lecteurs.

Je fais une dernière relecture avant de l’envoyer à Amazon.

S’il y a encore des coquilles, je les note et je procède ensuite à la correction. Ce processus est assez simple et rapide, puisque je n’ai qu’à télécharger le manuscrit corrigé sur le site d’Amazon.

Pourquoi avoir choisi de publier la trilogie complète du Maître des énigmes dans un grand format?

La raison est fort simple. Les trois romans ensemble donnaient plus de 1 000 pages et le format 6’’x 9’’ d’Amazon se limite à 828 pages. En agrandissant le format, il entrait davantage de mots par page, ce qui donne ce que la trilogie est aujourd’hui. C’est-à-dire un livre immense et lourd qui n’entre pas dans certaines bibliothèques ou qu’on ne peut pas lire dans le bain.

Dans la version intégrale du Maître des énigmes, vous avez inclus des dessins et images. Pourquoi?

La plupart des trilogies sont en fait l’alignement, dans l’ordre, des tomes un, deux et trois. Je voulais ajouter une plus-value immersive pour les lecteurs et les lectrices.

En créant le personnage de Jay Harrington, enquêteur aux crimes majeurs, vous êtes-vous basé sur des faits réels? Sur quelqu’un que vous connaissiez?

Jay Harrington et Florian Bouchard, deux des enquêteurs, sont basés sur mon physique et ma façon d’être. Le physique, la psychologie ainsi que le calme de Jay, c’est moi. Le côté plus baveux et « Je m’en foutisme » de Florian, c’est moi aussi. Les autres personnages sont basés sur d’anciens collègues. Les prénoms de Jay, Florian et Catherine sont les prénoms de mes enfants tandis que les noms de famille sont souvent puisés dans l’arbre généalogique.

Votre personnage vous a-t-il donné du fil à retordre lors de l’écriture? Si oui, de quelle manière?

C’est drôle en fait, mais justement, oui, pour les personnages qui portent les noms de mes enfants. Quand arrive un passage plus périlleux, j’ai beaucoup de difficulté à leur faire du mal. Pour ce qui est du Maître des énigmes, il m’a procuré davantage de plaisir que de mal. J’y suis attaché.

Parlons de votre tueur en série. Le fait de lire tout au long du récit ses pensées dans un journal intime nous rapproche beaucoup de son profil psychologique. Vouliez-vous que votre lecteur comprenne ses motivations en étant capable de se mettre à sa place? Quelles émotions, précisément, vouliez-vous que votre lecteur ressente envers ce meurtrier?

Le but était simplement de montrer sa déviance, sa façon tordue de voir la vie, les faits et les autres. Comme il est souvent en solitaire, c’était aussi une façon intéressante pour moi de livrer ses pensées.

Dans votre roman, les enquêteurs doivent résoudre une multitude d’énigmes. Si vous deviez en choisir une, quelle énigme serait votre préférée et pourquoi?

Celle du portier qui est imaginée par le Maître des énigmes, à la toute fin du premier tome, et dont je ne dévoilerai pas la réponse, d’ailleurs. Le portier donne un chiffre et les personnes dans la file doivent répondre par un autre chiffre. L’énigme a donné du fil à retordre à beaucoup de gens qui m’écrivent pour avoir un indice ou la solution. J’aime bien les énigmes du jeu de cartes aussi.

Est-ce que certains films ou certaines séries policières vous inspirent lorsque vous rédigez des récits? Lesquels aimez-vous particulièrement?

Je regarde très peu la télévision. Mon film fétiche est Bar routier, avec Patrick Swayze, alors j’ai peu de références en ce sens, mais les séries 19-2, Minuit le soir et District 31 sont des exemples à suivre en raison de leur côté réaliste.

Selon vous, quelle est la recette gagnante pour écrire un roman policier captivant? Un roman d’horreur?

Difficile à dire. Bien sûr, je n’aime pas moi-même faire la lecture de romans qui prennent une éternité avant d’arriver à un rythme plus angoissant, alors je dirais de plonger rapidement dans l’action. Les points de chute des chapitres. Les chapitres courts qui donnent un souffle rythmé à l’histoire. Aussi, éviter le plus possible les clichés.

Quels sont les plus beaux commentaires que vous ayez reçus de la part de vos lecteurs jusqu’à maintenant à propos de cette histoire?

J’en reçois énormément! Je me trouve très privilégié à cet effet. On m’a dit que j’avais initié des conjoints de lectrices à la lecture, ce qu’ils ne faisaient jamais avant de lire mes romans. Une personne du milieu policier m’a mentionné que le Maître des énigmes était sérieusement un tueur qu’aucun enquêteur ne voudrait croiser dans sa carrière. Pour moi, ça évoque la prestance du personnage, sans aucune prétention.

J’ai reçu aussi des commentaires qui me plaçaient au rang des King et Sénécal de ce monde, ce qui est loin d’être le cas, mais ça fait tout de même un petit velours et une motivation supplémentaire pour écrire.

Si vous deviez convaincre des lecteurs réticents à lire la trilogie, qu’est-ce que vous leur diriez?

Préparez-vous à des surprises et à des nuits écourtées!

Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos projets d’écriture?

Il y en a plein. Je ne manque pas d’idées et j’écris en ce moment la suite de mon dernier : Les 35 doigts d’un démon, qui est une histoire en deux tomes. En plus de l’écriture, je reste dans le domaine de l’imagination en planifiant lentement, mais sûrement, un site Web où les gens pourront expérimenter des scénarios d’enquêtes et d’horreur par l’entremise de films et de documents conçus par moi. Des histoires à jouer seul ou en groupe. Peut-être un terrain pour expérimenter sous forme de jeux, des histoires d’horreur et d’enquête en temps réel.

Aussi, le Maître des énigmes est en traduction en ce moment. Bien entendu, j’ai envie d’exprimer toute ma gratitude à ceux et celles qui me suivent dans mes écrits.

Je suis toujours en mode créativité avec l’aide d’Alex Trem et d’Audrey Chevalier pour créer des événements littéraires afin de remercier en personne mes lecteurs et lectrices : salons et chalets clandestins, repas, causeries, etc. Il y en aura d’autres quand la pandémie sera terminée.

Merci, Kim! À toi, ainsi qu’à ceux et celles qui liront cette entrevue.


Extrait du roman Le maître des énigmes

« — Jay Harrington, j’écoute.

Un silence de trois ou quatre secondes et ensuite une voix, quelque peu étouffée, mais lente et calme, se fit entendre.

— Monsieur Harrington, enchanté. Avez-vous reçu ma lettre?

— Oui, mais peut-être pourriez-vous nous aider à comprendre?

— C’est vous l’enquêteur, moi je ne suis que le tueur. Je vais tuer, monsieur Harrington, et si vous ne pressez pas le pas pour déchiffrer le code, des gens vont mourir. »

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