En allant au hockey

L’air ambiant à l’intérieur de la voiture commençait tout juste à se réchauffer. L’hiver s’était installé en une nuit, sans préliminaires. La veille, Martin avait grillé un hamburger sur le barbecue, vêtu d’un chandail à manches longues. Ce matin, il avait dû chercher sa tuque dans les vêtements d’hiver rangés au sous-sol.

Pas grave, songea-t-il, après le match de hockey, j’aurai assez chaud pour sortir en t-shirt.

Il posa les yeux sur son rétroviseur et aperçut Lili-Ève, qui observait attentivement le paysage à l’extérieur. Elle avait probablement senti son regard, car elle se tourna et lui sourit.

— T’as pas froid, ma chérie? demanda Martin.

— Ça va.

Lili-Ève leva les mains et exhiba les mitaines en laine multicolore qui les recouvraient.

— Il est joli ce chapeau, dit Martin.

— Merci, répondit l’enfant, tout sourire. C’est maman qui me l’a acheté.

Sans qu’il s’en rende compte, le sourire de Martin s’était effacé. Il s’efforça aussitôt de le ramener, mais il était trop tard.

— Désolé, papa.

— Ce n’est pas grave, ma chérie.

Martin baissa les yeux vers la route et sombra dans ses pensées. Des images de Julie, étendue sur un lit d’hôpital, revinrent le hanter. Son estomac se tordit en revoyant le corps mutilé de celle qu’il avait aimé, son visage, jadis si doux, défiguré par les brûlures.

Pour se changer les idées, Martin imagina le match de hockey. Il se voyait manier la rondelle, feintant habilement et réalisant des jeux spectaculaires, marquant des buts dignes de la LNH.

— Je m’ennuie toute seule, papa, dit Lili-Ève, brisant le silence. Tu penses que je pourrais avoir un petit frère ou une petite sœur?

— Tu sais bien que je ne peux pas faire un bébé tout seul…

Il s’interrompit. Aborder ce sujet était douloureux. Mais Lili-Ève avait le don de toujours ramener la perte de sa femme dans leurs conversations. Comment lui en vouloir? Après tout, ce n’était qu’une enfant. Il aurait toutefois préféré qu’elle ne le fasse pas souffrir ainsi.

— Et Myriam? Ce serait une bonne mère, tu trouves pas?

Martin fixa sa fille dans le rétroviseur. Derrière ce regard innocent se cachait une intelligence quasi machiavélique.

— Comment tu sais? demanda-t-il. Pour Myriam, je veux dire.

Un sourire narquois naquit sur le visage de Lili-Ève.

— Je l’ai vue. Elle vient le soir, des fois. Elle a l’air gentille.

Martin inspira profondément. Une colère sourde menaçait d’éclater en lui, mais il parvint à se calmer. Lili-Ève avait le droit de poser des questions. Myriam était fabuleuse et elle aurait probablement accepté d’entamer une relation plus sérieuse. Myriam n’était pas le problème. C’était lui le problème; il n’était pas prêt.

— Ce n’est pas aussi facile…

— Les adultes, vous êtes trop compliqués!

Martin ricana. La simplicité d’une enfant. Elle avait raison, pourtant. Pourquoi était-ce toujours si complexe?

Quelques minutes plus tard, Martin se gara dans le stationnement de l’aréna.

— Tu vas compter des buts pour moi, papa?

Par le rétroviseur, Martin aperçut son ami Patrick qui approchait de la voiture. Il avait laissé pousser sa barbe depuis le dernier match, ce qui lui donnait un air féroce.

— Au moins trois, ma chérie. Promis!

Martin ouvrit la portière et descendit de la voiture au moment où Patrick le rejoignait.

— En forme? demanda Patrick de sa voix rauque.

— Pas pire, pas pire. Toi?

Martin ouvrit le coffre arrière de sa voiture. Lili-Ève lui souriait tandis qu’il balançait le sac d’équipement sur son épaule et empoignait son bâton de hockey.

— Je t’aime, ma chérie. On se revoit plus tard.

— Tu lui parles encore?

Martin se tourna subitement vers Patrick. Il sentait la chaleur lui monter au visage. Son ami le fixait d’un drôle d’air.

— Non, non, je… Je réfléchissais à haute voix.

Le regard de Patrick se remplit d’inquiétude.

— Tu me le dis si tu as besoin d’aide, hein, Mart?

— Ça va. Merci. On va la gagner, cette partie-là?

Patrick l’observa en silence quelques secondes, puis un large sourire lui fendit le visage.

— Pour ça, il faudrait que tu fasses un tour du chapeau, lui lança-t-il en posant la main sur l’épaule de Martin.

Les deux hommes marchèrent vers l’aréna. Après quelques mètres, Martin regarda discrètement derrière lui.

Lili-Ève, toujours assise dans la voiture, lui souffla un baiser.

Martin sourit tristement, puis lui rendit.



Pas grave, songea-t-il, après le match de hockey, j’aurai assez chaud pour sortir en t-shirt.

Il posa les yeux sur son rétroviseur et aperçut Lili-Ève, qui observait attentivement le paysage à l’extérieur. Elle avait probablement senti son regard, car elle se tourna et lui sourit.

— T’as pas froid, ma chérie? demanda Martin.

— Ça va.

Lili-Ève leva les mains et exhiba les mitaines en laine multicolore qui les recouvraient.

— Il est joli ce chapeau, dit Martin.

— Merci, répondit l’enfant, tout sourire. C’est maman qui me l’a acheté.

Sans qu’il s’en rende compte, le sourire de Martin s’était effacé. Il s’efforça aussitôt de le conjurer à nouveau, mais il était trop tard.

— Désolé, papa.

— Ce n’est pas grave, ma chérie.

Martin baissa les yeux vers la route et sombra dans ses pensées. Des images de Julie, étendue sur un lit d’hôpital, revinrent le hanter. Son estomac se tordit en revoyant le corps mutilé de celle qu’il avait aimé, son visage, jadis si doux, défiguré par les brûlures.

Pour se changer les idées, Martin imagina le match de hockey. Il se voyait manier la rondelle, feintant habilement et réalisant des jeux spectaculaires, marquant des buts dignes de la LNH.

— Je m’ennuie toute seule, papa, dit Lili-Ève, brisant le silence. Tu penses que je pourrais avoir un petit frère ou une petite sœur?

— Tu sais bien que je ne peux pas faire un bébé tout seul…

Il s’interrompit. Aborder ce sujet était douloureux. Mais Lili-Ève avait le don de toujours ramener la perte de sa femme dans leurs conversations. Comment lui en vouloir? Après tout, ce n’était qu’une enfant. Il aurait toutefois préféré qu’elle ne le fasse pas souffrir ainsi.

— Et Myriam? Ce serait une bonne mère, tu trouves pas?

Martin leva les yeux vers le rétroviseur et fixa sa fille. Derrière ce regard innocent se cachait une intelligence quasi machiavélique.

— Comment tu sais? demanda-t-il. Pour Myriam, je veux dire.

Un sourire narquois naquit sur le visage de Lili-Ève.

— Je l’ai vue. Elle vient le soir, des fois. Elle a l’air gentille.

Martin inspira profondément. Une colère sourde menaçait d’éclater en lui, mais il parvint à se calmer. Lili-Ève avait le droit de poser des questions. Myriam était fabuleuse et elle aurait probablement accepté d’entamer une relation plus sérieuse. Myriam n’était pas le problème. C’était lui le problème; il n’était pas prêt.

— Ce n’est pas aussi facile…

— Les adultes, vous êtes trop compliqués!

Martin ricana. La simplicité d’une enfant. Elle avait raison, pourtant. Pourquoi était-ce toujours si complexe ?

Quelques minutes plus tard, Martin se gara dans le stationnement de l’aréna.

— Tu vas compter des buts pour moi, papa?

Par le rétroviseur, Martin aperçut son ami Patrick qui approchait de la voiture. Il avait laissé pousser sa barbe depuis le dernier match, ce qui lui donnait un air féroce.

— Au moins trois, ma chérie. Promis!

Martin ouvrit la portière et descendit de la voiture au moment où Patrick le rejoignait.

— En forme? demanda Patrick de sa voix rauque.

— Pas pire, pas pire. Toi?

Martin ouvrit le de sa voiture. Lili-Ève lui souriait tandis qu’il balançait le gros sac d’équipement sur son épaule et empoignait son bâton de hockey.

— Je t’aime, ma chérie. On se revoit plus tard.

— Tu lui parles encore ?

Martin se tourna subitement vers Patrick. Il sentait la chaleur lui monter au visage. Son ami le fixait d’un drôle d’air.

— Non, non, je… Je réfléchissais à haute voix.

Le regard de Patrick se remplit d’inquiétude.

— Tu me le dis si tu as besoin d’aide, hein, Mart?

— Ça va. Merci. On va la gagner, cette partie-là?

Patrick l’observa en silence quelques secondes, puis un large sourire lui fendit le visage.

— Pour ça, il faudrait que tu fasses un tour du chapeau, lui lança-t-il en posant la main sur l’épaule de Martin.

Les deux hommes marchèrent vers l’aréna. Après quelques mètres, Martin regarda discrètement derrière lui.

Lili-Ève, toujours assise dans la voiture, lui souffla un baiser.

Martin sourit tristement, puis lui rendit.



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