Ariane Charland

Écrire pour la jeunesse sans faire la morale : entretien avec Ariane Charland

Kim Messier s'est entretenue avec l'auteure jeunesse (et traductrice!!) Ariane Charland à la suite de la parution de son tout dernier roman, Sextos, publié aux Éditions De Mortagne.

Bonjour Ariane Charland! Peux-tu nous parler un peu de toi?

J’ai une formation en traduction, je suis la maman de deux jeunes enfants et j’écris des romans depuis une dizaine d’années. En fait, j’ai toujours voulu devenir romancière, mais, pour moi, c’était comme un rêve inaccessible… jusqu’à ce que je décide de m’y mettre sérieusement et de tenter ma chance auprès de maisons d’édition! Mes premiers livres, une série de fantasy intitulée Aïnako, ont été publiés à partir de 2012. Puis, j’ai enchaîné les romans de la Collection Tabou et une trilogie jeunesse intitulée La double vie de Rosalie.

Pourquoi as-tu décidé de rédiger un roman jeunesse sur les sextos?

Je trouve que, quand on parle de sextage ou de partage de photos intimes dans les médias, on dit beaucoup aux filles de ne jamais envoyer ce genre de photos, mais très peu aux gars de ne pas en demander et, surtout, de ne pas les faire circuler s’ils en reçoivent. Quand une histoire de sextage qui a mal tourné sort dans les nouvelles, on a malheureusement encore tendance, consciemment ou pas, à blâmer les filles qui se sont prises en photo, comme si c’était inévitable que les gars envoient leur image à tous leurs contacts.

J’ai choisi d’écrire sur ce sujet pour montrer les deux côtés de la médaille. Je voulais que les lecteurs comprennent ce qui peut pousser quelqu’un à envoyer une photo intime, mais aussi ce qui peut pousser une autre personne à en demander. Et c’est très souvent le désir de plaire, d’appartenir au groupe, qui revient.

As-tu fait des recherches sur le sujet?

Oui, j’ai beaucoup lu sur le sujet et j’ai posé des questions à deux policières pour savoir quels étaient les conséquences et les recours possibles pour mes personnages. J’ai aussi lu plusieurs témoignages sur Internet pour bien mesurer la détresse des filles à qui ce drame arrive (ça n’arrive pas juste aux filles, bien sûr, mais elles constituent l’immense majorité des victimes).

Pourquoi as-tu aussi décidé de parler des fausses identités sur les réseaux sociaux?

En tant que mère, c’est un phénomène qui me préoccupe beaucoup. Sur Internet, n’importe qui peut se faire passer pour n’importe qui! Et c’est parfois très difficile de déceler l’imposture, surtout pour les jeunes qui commencent à apprivoiser les réseaux sociaux. Je crois qu’il faut éduquer nos ados à se méfier, à reconnaître les signes, mais aussi à ne pas se faire eux-mêmes passer pour quelqu’un d’autre, même si c’est « pour rire », comme dans mon roman.

Le fait que les personnages dans ton roman ne connaissent pas la loi en ce qui concerne les sextos explique en partie pourquoi ils diffusent ces images à caractère sexuel. Dans ton roman, à part cette raison, qu’est-ce qui pousse les jeunes à s’envoyer ces photos?

Comme je le mentionnais plus haut, c’est souvent le désir de plaire ou d’appartenir à un groupe qui pousse les jeunes à prendre, à demander, ou à faire circuler ce genre de photos. Dans mon histoire, Romane a peur de perdre celui qu’elle aime. Elle a peur qu’il ne la trouve « pas cool »  si elle ne le fait pas. Tandis que le garçon qui lui demande cette photo veut « faire partie de la gang »  et a lui aussi peur de ne pas être assez cool pour ses copains s’il ne réussit pas à l’obtenir. Je crois que la plupart des jeunes qui partagent ces images sans le consentement de la personne photographiée ne sont tout simplement pas conscients du dommage que ça peut causer dans la vie de la victime. Ils le font pour impressionner leurs amis sans réaliser qu’ils viennent carrément de détruire un autre être humain.

Dans Sextos, le garçon à qui Romane envoie sa photo se sent extrêmement coupable et il en souffre beaucoup. Je ne dis pas ça pour excuser son geste, loin de là! Je crois simplement que c’est en parlant de cette souffrance, de cette culpabilité qui risque de les suivre toute leur vie, qu’on peut sensibiliser les jeunes qui seraient tentés de demander ou de partager la photo intime de quelqu’un d’autre.

Aimes-tu écrire des romans jeunesse?

J’adore ça! Je ne sais pas pourquoi, mais toutes les idées d’histoires qui germent dans ma tête se transforment en romans jeunesse. J’aime le côté impétueux des ados et leurs émotions tellement immenses! J’essaie d’écrire les romans que j’aurais moi-même aimé lire à leur âge, ceux qui m’auraient aidée à passer à travers cette période mouvementée de la vie.

Quelles sont les caractéristiques principales pour écrire ce genre de récit, d’après toi?

La sensibilité. L’empathie. Il faut pouvoir se mettre dans la peau de ses personnages sans les juger. J’essaie de ne pas être (trop) moralisatrice, mais il y a bien sûr toujours un message que je veux passer, quelque chose que je veux promouvoir, que ce soit la bienveillance, l’estime de soi ou l’importance de l’amitié!

Quelle a été ta plus grande difficulté en rédigeant ce récit?

Comme la société a souvent tendance à juger les filles qui envoient ce genre de photo d’elles-mêmes, je me suis beaucoup appliquée à rendre le geste de Romane compréhensible. Je voulais que les lecteurs aient envie de lui dire, lorsque sa vie vole en éclats, qu’elle n’a pas à avoir honte d’elle-même ni de ce qu’elle a fait. Je voulais aussi que les lecteurs comprennent la gravité du geste posé par le garçon qui partage sa photo, mais également les raisons qui le poussent à le faire et la détresse qu’il ressent lui aussi. Par contre, je ne voulais pas qu’il attire toute l’empathie et qu’il n’en reste plus pour Romane. La ligne était mince entre ces deux possibilités.

As-tu déjà reçu des commentaires de tes lecteurs? Si oui, lesquels ressortent le plus?

Oui! Tous positifs jusqu’à maintenant, fiou! Un commentaire qui revient souvent concerne le sujet du roman comme tel, soit la distribution de pornographie juvénile. Je me rends compte que très peu de gens associent le partage de photos intimes entre jeunes à la distribution de pornographie juvénile. Bien sûr, les conséquences judiciaires ne sont pas les mêmes lorsque ce sont des mineurs qui les partagent que lorsque ce sont des adultes, mais le crime reste le même… ainsi que les conséquences sur la vie des victimes

Quels sont tes autres projets d’écriture?

Je travaille présentement sur un nouveau projet de série jeunesse qui devrait voir le jour quelque part en 2022. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant, mais j’ai très hâte de vous présenter ça!


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